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Mutzig.

Une magnifique tour-porte...

photo : Jean-Marie NICK
Mutzig : le château des Rohan remonte en réalité au XIIIe siècle et a souvent été réaménagé.

Située à l'entrée de la vallée de la Bruche, non loin de la métropole épiscopale de Molsheim, la ville de Mutzig a vu au Moyen Âge son destin étroitement lié à l'histoire des évêques de Strasbourg. Les origines de Mutzig sont obscures. Le toponyme de Mutzig pourrait avoir quelques liens avec le vocabulaire ligure (une peuplade d'origine méditerranéenne qui se serait installée dans certaines vallées vosgiennes) sous la forme de «Muzzecea». Certains chercheurs rapprochent Mutzig de «Montiacum», un mot gallo-romain signifiant en substance «le lieu habité en hauteur».
À l'instar des paysages similaires du piémont alsacien (des entrées de vallée dominées par des éperons observatoires et refuges), le site a été occupé par les Romains, comme en atteste la découverte de diverses pièces de monnaie.

photo : Jean-Marie NICK
Mutzig : l'Untertor, côté ville. L'esthétique ce cette tour-porte est remarquable.

Évêques contre Hohenstaufen.

Cependant on ne connaît rien du passé de l'endroit avant le Xe siècle. En effet, l'existence de Mutzig n'est attestée que sous le règne des évêques Richwinus (913-933) et Ruthardus (933-950) qui remettent à l'église Saint-Thomas une maison et des vignes à «Muzzecha», l'antique Mutzig, ce qui sous-entend que les évêques y possèdent des terres qui ont pu leur être remises par des dynastes francs.
Mais l'évêque n'est pas le seul maître du lieu, puisque les empereurs germaniques en général et les Hohenstaufen en particulier exercent également, en tant qu'avoués, leur pouvoir à Mutzig. Cette présence concurrente engendrerait des conflits et des affrontements larvés liés à cette cohabitation.

photo : Jean-Marie NICK
L'Untertor (porte basse) de Mutzig est également appelée porte de Molsheim ou porte de Strasbourg.

Une «Wasserburg».

Rodolphe de Habsbourg fait ériger les premiers remparts urbains de Mutzig en 1274, à la fin de l'interrègne, période agitée ouverte lors de l'élimination des Hohenstaufen. C'est à ce moment-là qu'un château fort aurait vu le jour. Cette forteresse – une «Wasserburg» bâtie à l'angle sud-ouest de la cité et dont les douves sont arrosées par un canal dérivé de la Bruche – est inféodée, au départ, à des vassaux impériaux. Elle ne servira de résidence qu'à partir de 1308, au moment où l'évêque Jean de Dirpheim (1306-1328) écarte entièrement l'influence impériale sur la cité en devenant le seul maître de Mutzig. C'est lui, premier vrai propriétaire de la ville, qui fait procéder à la reconstruction des murs et élever de hautes tours sur les deux portes de la ville, l'Untertor et l'Obertor.

photo : Jean-Marie NICK
Mutzig : l'Untertor est décoré d'un saint Maurice victorieux sur son destrier. La fresque remonte à 1877.

Ces ouvrages sont ensuite constamment restaurés et améliorés, notamment sous l'impulsion des évêques Berthold de Bucheck et Lambert de Burne. Ces travaux s'expliquent d'une part, par la position stratégique importante de la ville surveillant la vallée de la Bruche et, d'autre part, par la facilité à défendre le site, la vallée étant bordée au nord et au sud par les collines et l'enceinte s'adossant sur elles ainsi que sur le canal et le château.

Deux bourgmestres et neuf échevins.

Le prince-évêque est, au Moyen Âge représenté dans la cité par un prévôt qui préside un conseil (appelé magistrat) et composé de deux maires (bourgmestres) et de neuf conseillers (échevins).
La cité vivant essentiellement de revenus viticoles, regroupe à cette époque huit corporations : les boulangers, les cordonniers, les maçons, les menuisiers, les tailleurs, les tisserands et les tanneurs, ainsi que celle des potiers teinturiers qui faisaient partie d'une corporation intercommunale regroupant également les artisans de Saverne et de Molsheim, deux autres villes épiscopales.
En 1421, lors de la Guerre de Dachstein (conflit opposant les nobles de Strasbourg aux bourgeois de la même ville armant 1200 hommes), Mutzig et son château résiste aux troupes bourgeoises mises en déroute par l'armée de l'évêque Guillaume de Diest (1394-1439).

photo : Jean-Marie NICK
Le château de Mutzig, une ancienne "Wasserburg" a été habité par les évêque de Strasbourg jusqu'à la Révolution.

Huit années plus tard, le même prélat, l'un des évêques les plus dispendieux qu'ait connu la principauté épiscopale, engage le château et la ville à Wirrich Puller de Hohenbourg pour 2400 florins. En 1444, Mutzig est attaqué lors de la guerre seigneuriale mettant aux prises le comte palatin dans un camp et les Lichtenberg alliés à la ville de Strasbourg dans l'autre. Alors que la ville de Mutzig tombe aux mains des armées palatines, le château urbain résiste et est même dégagé par les Strasbourgeois. La même année, les Armagnacs assiègent sans succès la commune épiscopale.
Toujours dans le cadre de différends féodaux, le château est à nouveau investi en en 1454, par les Zwei-Brücken et une fois encore délivré par les Strasbourgeois.


Les armoiries de Mutzig.

Fabrique d'armes.

Comme cela se fait couramment à l'époque, le château est aussi engagé à des bourgeois de Strasbourg, les Bock et les Wurmser en 1459, puis inféodé aux Landsberg, qui deviennent les vrais seigneurs du château jusqu'en 1669. Entre-temps sévit la fameuse guerre de Trente Ans. La ville et sa forteresse sont investies par les troupes de Mansfeld en 1622 et par les Suédois en 1632.

Le château sera entièrement reconstruit en 1673 par le cardinal-évêque François Egon de Furstenberg, puis embelli par le cardinal Gaston de Rohan-Soubise au début du XVIIIe, avant d'être déclaré bien national et transformé en manufacture d'armes (notamment la fabrication des fusils de la marque Chassepot).


Texte et photos : Jean-Marie NICK

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