Le château du Hohnack.

Démantelé sous Louis XIV...

Les ruines du Hohnack, situé au sud-ouest de Labaroche (canton de Lapoutroie), culminent à environ 940 m d'altitude. Il s'agit, parmi les ruines les plus spectaculaires d'Alsace, de l'un des châteaux les plus élevés de la région.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : vestige du donjon roman.

Comme pour Hohneck, l'étymologie de Hohnack (qui se décompose en "hohen" + "ac", probable racine paléo-européenne, signifiant pointu, escarpé et que l'on retrouve dans le latin "acer", escarpé, ou "acus", aiguille) signifierait sommet élevé (sources : Michel Paul Urban. Lieux dits, Édition du Rhin).
Hohnack, qui fut l'une des plus belles forteresses d'Alsace, a été la propriété de trois des plus célèbres familles nobles de la région : les Eguisheim, les Ferrette et les Ribeaupierre.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : linteau avec les armoiries des Rappolstein (Ribeaupierre).

Le château est mentionné pour la première fois aux XIe siècle comme création des comtes d'Eguisheim, sur un site probablement déjà occupé par les Romains. Aux Eguisheim succèdent, dès le XIIIe siècle, leurs «cousins» et héritiers les Ferrette, Frédéric 1er de Ferrette ayant épousé Stéphanie (ou Étiennette de Vaudémont-Éguisheim). Les Ferrette deviennent vassaux, au titre du Hohnack, de l'évêque Strasbourg après la guerre de succession d'Eguisheim 1225-1250).

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : le donjon, vu du sud.

C'est au Hohnack que certains historiens situent l'obscur assassinat, en 1233, de Frédéric II par ses fils Louis, dit le Parricide, et Ulrich, qui succède à la victime.
Lorsque les Ferrette font oblation de leur fief à l'Église de Bâle en 1271, le Hohnack figure sur la liste des châteaux que l'évêque, devenu de facto suzerain du comté, remet aux Ferrette.
En 1279, Anselme II de Rappolstein, dit le Téméraire, se rend maître du château par la fraude, alors aux mains des ministériels des Ferrette. Bien que redonné à ses propriétaires et réparé, Hohnack est repris en 1288 grâce à une ruse de Hermann de Rappolstein, le frère d'Anselme.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : l'entrée du château, jadis protégée par une barbacane.

Le site reste alors aux mains de cette famille les Ribeaupierre, déjà maîtres de quelques châteaux voisins et qui en font un chef-lieu de bailliage couvrant notamment les villages welsches (romanophones) du val d'Orbey. Suite aux mariages successifs de Herzelaude de Rappolstein avec Jean de Habsbourg, Henri de Saarwerden et Jean de Lupfen, le château est tour à tour aux mains des Saarwerden et des Lupfen.

(photo : Jean-Marie NICK)
: Hohnack : bastions cylindrique (au premier plan) et carré sur le front sud-ouest.

Evidemment s'ensuivent des chamailleries entre les héritiers des différents lits. Finalement les Rappolstein entrent à nouveau en possession du Hohnack.
En 1635, pendant la Guerre de Trente Ans, le château est occupé grâce à une manigance par une garnison colmarienne aux ordres du sire de Manicamp, gouverneur français de Colmar, au service de Louis XIII.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : le front ouest.


Le futé Français invite les frères Georges-Frédéric et Jean-Jacques de Ribeaupierre (le patronyme familial Rappolstein a été francisé entre-temps) à une partie de chasse, alors que leur père Eberhard, conseiller de l'empereur germanique et ennemi des Français, était à Strasbourg. Manicamp emmène en réalité ses deux hôtes à Colmar, où il les fit mettre en résidence surveillée dans un... estaminet jusqu'à ce que le père se décidât à céder le château aux troupes royales.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : l'entrée du château vu de la cour intérieure. Au premier plan, la citerne à filtration avec puisard recontruit avec des pierres de récupération.

Le château sera rendu intact en 1648, dans le cadre des traités de Westphalie, à Jean-Jacques de Ribeaupierre, devenu l'allié de la France, ce qui n'empêcha pas Louis XIV de faire démanteler le Hohnack en 1655 par deux cents ouvriers de Colmar afin que la forteresse ne serve pas d'éventuel retranchement aux ennemis habsbourgeois du roi de France. La ruine passa aux Deux-Ponts, puis à Golbéry.

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : canonnière. Remarquez le magnique parement en pierres à bosses avec trous de levage.

Elle servit de carrière jusqu'en 1898. La Société pour la conservation des monuments historiques, devenue propriétaire des lieux, intervient pour protéger le site. Les prélèvements de pierres taillées cessent dès 1999. Depuis lors diverses campagnes de sauvegarde ont été entreprises.

(photo : Jean-Marie NICK)
: Hohnack : canonnière vue de l'intérieur.




Le château possédait une chapelle dédiée, en 1325, à la Vierge par Heinrich de Rappolstein. La chapelle aurait intégré le bastion oriental au XVIe siècle.
Bien que fortement ruiné, le Hohnack, château de type comtal, présente une vaste enceinte polygonale avec des défenses tous azimuts occupant la plate-forme sommitale de la montagne nommée Petit-Hohnack. . Le donjon central, qui date du Xlle siècle, est très ruiné. Il est indépendant de la chemise et des courtines extérieures, à l'instar de ce que l'on peut voir dans d'autres châteaux qui ont appartenu à des familles comtales (Haut-Eguisheim, partie basse de Ferrette, Grand-Geroldseck, Frankenbourg…).

(photo : Jean-Marie NICK)
Hohnack : parement de bastion avec pierres à bosse et à liseré. On y voit des marques de tâcheron et des marques de pose, côte à côte.

L'appareil - de grosses pierres à bosses en grès rose - pourrait être, dans certains cas, une réutilisation de matériaux romains. Cependant de nombreuses marques de tâcherons sont visibles sur les premières rangées de la muraille extérieure.
La forteresse a été modifiée vers 1480, lors de l'adjonction des quatre bastions, des tours d'artillerie équipées de canonnières. Grâce à ces défenses modernes à l'époque renforcent les angles de l'enceinte: trois sont carrés et seul celui du sud est hémicylindrique. Une barbacane (une défense avancée de la grande porte) a été érigée au début du XVIe siècle.
De château comtal relativement classique à ses débuts, le Hohnack a donc évolué vers une forteresse d'artillerie lors de l'avènement des armes à feu.

Texte et photos : Jean-Marie NICK

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