
Situé au nord-ouest de Katzenthal (canton de Kaysersberg), à une altitude de 330 m, le château de Wineck, bâti sur une plate-forme rocheuse, ne peut pas être considéré, historiquement parlant, comme un site exceptionnel, même si son implantation dans le paysage vinicole est spectaculaire. Cependant, grâce à de nombreuses restaurations par une association castellologique spécifique, ce castel fait plus que bonne figure à côté de nombreuses ruines totalement à l'abandon dans les deux départements du Rhin.

Le Wineck (traduction littérale: «le coin du vin» ou encore par extension de l'interprétation du toponyme «le château à l'angle des vignes») fait partie de la kyrielle des petits châteaux alsaciens qui contribuent, à leur manière, à compléter les connaissances sur la façon de bâtir les forteresses médiévales, d'y vivre, de défendre les sites: Liebenstein, dans le Sundgau; Hagueneck, au-dessus de Wettolsheim; Freundeneck, près de Wangenbourg-Engenthal ou le Petit-Arnsberg, dans les Vosges du Nord, sont, avec le Wineck-Katzenthal (à ne pas confondre avec le Wineck -ou Windeck- près des châteaux et du village de Windstein, à proximité de Niederbronn-les-Bains), autant de forteresse exiguës, qui témoignent toutefois de l'importance des ministériels (chevaliers ou hommes - pas forcément libres - au service immédiat d'un seigneur) dans la gestion d'une seigneurie.

À l'origine, sans doute érigé sur une propriété des comtes d'Eguisheim, le château a vu le jour, si l'on s'en réfère à certaines fouilles récentes, vers 1200. Il pourrait avoir été l'œuvre des comtes d'Eguisheim eux-mêmes, dans le cadre de leur opposition permanente aux Hohenstaufen, duc d'Alsace et de Souabe et néanmoins parents. Cette animosité entre les deux camps remontait au soutien qu'Albert II d'Eguisheim-Dagsbourg, propriétaire de nombreux châteaux alsaciens, avait apporté à Othon de Brunswick, prétendant au trône germanique, contre Henri VI de Hohenstaufen. Le frère de ce dernier, Philippe de Souabe marcha en 1199 contre Albert et s'en prit aux nombreuses forteresses des Eguisheim. Le Wineck aurait bien pu voir le jour dans ce contexte.

En 1225, lors de la mort de Gertrude de Dagsbourg-Eguisheim, unique héritière de l'illustre lignée, mais restée sans enfant malgré trois mariages, le comté fut convoité par plusieurs seigneurs, dont les comtes de Ferrette (des parents) et l'évêque de Strasbourg. Il apparaît d'ailleurs que le Wineck faisait partie de ce comté le 5 février 1251 (date de la première mention du château), lorsque le comte Ulrich II de Ferrette a mis ce château, ainsi que le Hohnack voisin, sous la suzeraineté de l'évêque de Strasbourg (à l'époque Henri de Stahleck-Dicka), suite à la guerre de succession d'Eguisheim, un conflit qui a duré 25 ans.

Cependant, en 1271, les Ferrette ont profité des troubles de l'Interrègne pour revenir sur ce ''don'' et ont cédé Wineck, ainsi que tous leurs autres biens, à l'évêque de Bâle qui, selon les règles de la féodalité, devaient dès lors les protéger contre la cupidité des voisins, dont celle de l'évêque de Strasbourg. Le prélat bâlois, tout en restant ainsi le suzerain du Wineck, a aussitôt rendu le château (ainsi que tous les autres biens) aux féodaux sundgauviens sous forme de fief oblat.

SAUVEGARDE ET GRAND CRU
Durant près d'un siècle, le Wineck est resté entre les mains de ministériels qui ont porté le nom du château. Ces sires de Wineck, vassaux des Ferrette, se sont mis au service des Habsbourg à partir de 1324, suite au mariage de Jeanne, ultime comtesse de Ferrette avec Albert II d'Autriche, dit le Sage.
À partir de 1361, le château est passé sous la tutelle successive des Rathsamhausen, des chevaliers de Saint-Jean et des Andlau. Mais en 1502, il est déjà réputé en ruines suite à un incendie dont la date et l'origine sont toujours restées indéterminées.

Aux mains de représentants de l'illustre famille des Rathsamhausen jusqu'en 1828, puis du baron de Gail, le château a appartenu de 1848 à 1864 aux Bickard, de Horbourg, avant d'être offert, par Issac Bickard et pour un franc symbolique, à la société pour la Sauvegarde des monuments historiques.
En 1971, la ruine a été prise en main par une association. Celle-ci a commencé à la sauvegarder et à la mettre en valeur dès 1972. La restauration, voire la reconstruction du Wineck, permettent actuellement au public de découvrir un site médiéval significatif: un donjon beffroi (bergfried, selon la dénomination archéologique germanique) protégé du côté de l'attaque par un mur bouclier et une habitation, aujourd'hui disparue, défendue par un rempart circulaire (Ringmauer) reconstruit.

Ce château, qui a si fier allure au-dessus de Katzenthal, domine un grand cru prestigieux qui porte son nom: le «Wineck-Schlossberg», qui produit notamment sur un sol éminemment granitique, un riesling floral et fin.
Et porte au loin la renommée d'un paysage enchanteur.