Altkirch.

Située au cœur du Sundgau, à un carrefour stratégique sur les routes de Mulhouse à Porrentruy et de Belfort à Bâle, Altkirch pourrait devoir sa fondation aux empereurs ottoniens de Saxe, voire aux saliens de Franconie qui y installent une résidence. Ce sont cependant les comtes de Ferrette qui font de ce village une petite ville seigneuriale et l'on attribue généralement la création de la cité, vers 1215, à Frédéric Il, même si ses prédécesseurs habitent sans doute un château qui a pu succéder à la résidence impériale...

(photo : Jean-Marie NICK)
Tour sur le rempart oriental d'Altkirch. S'agit-il d'un témoin - transformé - de la Burg médiévale des Ferrette ?

L'étymologie d'Altkirch est trompeuse. La dénomination de la commune ne tire probablement pas son nom d'une "vieille" église, mais d'une église construite sur un point élevé (altus, en latin, signifiant haut, élevé). En effet, l'église historique d'Altkirch se situe hors de la ville, à l'ancien prieuré clunisien de Saint-Morand, fondé lui aussi par les comtes de Ferrette, et plus précisément par Frédéric 1er.
La ville occupe à la fin du Moyen Âge une superficie de 6,4 ha et couvre la butte battue à ses pieds par une boucle de l'III. Après le mariage de Jeanne de Ferrette avec Albert Il d'Autriche en 1324, elle passe sous la tutelle des Habsbourg et fait partie de ce que les historiens appellent "l'Autriche antérieure".

(photo : Jean-Marie NICK)
La tour de l'Officialité.

Les premières fortifications complètent le dispositif de défense du château. Elles voient le jour au début du XIIIe siècle lorsque le comté est à son apogée.

Deux portes.

Orientée d'ouest en est, la cité médiévale d'Altkirch (environ 700 habitants au XVe siècle) est enserrée dans des murailles formant un rectangle presque régulier et complétées, à l'orient, par le complexe castrai dont nous parlerons ultérieurement.
Les Ferrette ont occupé l'éperon dominant l'Ill.

(photo : Jean-Marie NICK)
Le vieille porte de 1215 transformée vers 1330.

L'enceinte primitive est constituée d'un simple rempart, sauf au midi, où les fortifications avaient été doublées.
Deux portes, l'une se nommant "l'ancienne" ou la "vieille porte" et l'autre "porte de Bâle", desservent les accès à la ville. Bien après la guerre de Trente Ans, une troisième porte, la "porte neuve", est construite à l'ouest de la cité. Différents faubourgs s'adjoignent dès le XIVe siècle: la Hindervorstadt entre l'Ill et les remparts nord et la Beffertervorstadt au sud de la ville.
Le 2 février 1376, Altkirch est assiégée par les hordes d'Enguerrand de Coucy, qui prétend avoir des droits à la succession des Ferrette.

(photo : Jean-Marie NICK)
La tour "Bloch", un ancien bastion flanquant à l'angle sud-est de la ville.

Grâce à l'héroïsme de ses défenseurs (on cite Henri de Morimont, Henri Schemnelin et Frédéric de Burnkirch), les soudards sont repoussés.
Ses remparts protègent Altkirch à plusieurs reprises, notamment en 1444, lors du passage des Armagnacs. Mais la guerre de Trente Ans la laisse exsangue : occupation suédoise en 1632; massacre des paysans soulevés en 1633; pillage de la ville et destruction du château en 1634; incendie, enfin, des vestiges par l'armée du comte de Grancey en 1637.

Altkirch vu par Lazare de la Salle.

Entre 1674 et 1681, Lazare de la Salle, alias Henri de l'Hermine, séjourna pour le compte du Roi Soleil à deux reprises en Alsace, et plus particulièrement à Altkirch, chef-lieu de bailliage qu'il qualifie de "petite ville distante de six lieues de Tannes (Thann)".


Altkirch avec son château, vu par Lazare de la salle à la fin du XVIIè siècle.

Fonctionnaire des impôts, de la Salle décrit la ville sous Louis XIV : "Petite ville du Zuntgau, un bourg (ainsi nommé) à la faveur de ses portes, d'une méchante muraille dont il est fermé, et qu'il a un château à l'une de ses extrémités". Et plus loin: "Altkirch est située sur une petite hauteur escarpée de tous côtés, et cependant elle est commandée par une côte qui est à son levant. Son profil est assez semblable à celui de Brisac, aux fortifications près. Le plan de la ville est long et étroit; elle n'a que deux portes et deux faubourgs".
A l'époque "la partie du midi est presque tout en ruine, tout ce qu'il y a d'entier sont deux tours, dont la plus basse est une prison pour les prêtres et l'autre est haute et couverte, auprès d'un grand bâtiment neuf qui doit servir de tribunal à l'official de Basle". Il conclut: "Voilà ce que c'était que le lieu de ma résidence; c'était, comme on le peut voir, un fort triste séjour, une malheureuse bourgade qui vient d'essuyer les désordres d'une armée ennemie et qui souffrait journellement les passages de nos troupes et d'une quarantaine de cavaliers allemands qui y étaient en quartier d'hiver".
La ville était donc ruinée suite aux guerres entre les Impériaux (les troupes habsbourgeoises) et les Français de Louis XIV, à partir de 1675.


Lithographie de Charles Goutzwiller, représentant les ruines du château d'Altkirch vers 1840.

Le château.

En 1675, d'après la description de Lazare de la Salle, le château est en ruine: "De forme circulaire, il n'a pas de beaux logements. On voit à côté de la porte une grosse tour ronde, bâtie de pierres brutes, qui paraît ancienne".
De ce château, il ne reste pratiquement plus rien, le site ayant été bouleversé lors de la construction de l'église paroissiale au XIXe siècle. Rappelons que les comtes de Ferrette occupent dès le début du XIIe siècle l'éperon stratégique d'Altkirch où les empereurs germaniques avaient possédé une résidence. Le château comtal est sans doute construit au début du XIIIe siècle et équipé d'un puissant donjon cylindrique, méthode de construction que les Ferrette affectionnaient et dont ils se sont servis aux châteaux de Rougemont, Engelbourg, Landskron, Liebenstein...


Le château d'Altkirch, d'après une peinture de Charles Goutzwiller.

Sans doute endommagé par le tremblement de terre de 1356 et transformé à ce moment-là, le château d'Altkirch est solidaire de l'histoire de la ville dès 1215. Il accueille des hommes illustres (Pierre de Hagenbach en 1469, Maximilien d'Autriche en 1492), les paysans en révolte en 1525 et subit les mêmes destructions que la ville durant la guerre de Trente Ans et après les traités de Westphalie.
Véritable citadelle, le château faisait partie intégrante d'Altkirch. Ses remparts n'étaient que la continuation de ceux de la ville. Aujourd'hui, il ne reste que peu de vestiges de la fortification : une tour carrée figurant sur un dessin de Lazare de la Salle dans ses
"Mémoires de deux voyages et séjours en Alsace" (1674-1676 et 1681) et mentionnée sur le plan de Himly dans "l'Atlas des villes médiévales d'Alsace". S'agit-il d'une tour de défense transformée? De vestiges des dépendances? Nous l'ignorons.
En tous cas, ce bâtiment est construit sur le site du château, contre le rempart est.

(photo : Jean-Marie NICK)
Le bastion de la Monnaie, un magnifique vestige des défenses urbaines d'Altkirch, qui a survécu à la guerre de trente Ans.

Le bastion de la monnaie.

Dominant jadis l'Ill et l'axe est-ouest, le bastion qui défendait au XVe siècle l'hôtel de la Monnaie est une des rares constructions militaires médiévales à avoir survécu aux aléas de l'histoire à Altkirch.
Ce bastion fait partie des remparts nord. Il s'agit d'une tour de flanquement (ou flanquante) semi-cylindrique et qui est construite à l'époque des Habsbourg, au temps où la ville est un chef-lieu de bailliage. Le bâtiment auquel la tour est accolée remonte sans doute à la même époque et a servi d'hôtel des Monnaies.
Aujourd'hui il ne reste que trois meurtrières, dispositif de tir très judicieux: à droite et à gauche deux arbalétrières équipées pour armes à feu (couleuvrines et fusils de remparts) et au centre une embrasure bi-directionnelle. Cette canonnière taillée d'un seul bloc dans du grès autorisait une défense horizontale en direction d'éventuels ennemis s'approchant de la ville en traversant l'Ill.

(Texte et photos : Jean-Marie NICK)

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