

Le site fortifié de Haut-Eguisheim a été érigé en un endroit déjà occupé durant la Préhistoire et à l'époque gallo-romaine.
Ce sont, semble-t-il, les parents du pape saint Léon IX (Bruno d'Eguisheim), Hugues IV, comte de Nordgau et son épouse Helwige, comtesse de Dabo, qui créent, vers l'an mil, le premier château fort, une forteresse en bois... La place est mêlée aux vicissitudes de ces temps troublés dominés par les querelles entre grands seigneurs ou entre les pouvoirs pontifical et impérial. Ainsi, le château primitif est détruit en 1026 par Ernest de Souabe en lutte contre l'empereur, un parent des Eguisheim. Le château doit sans doute aussi pâtir des effets de la querelle des Investitures (1072-1122) dont l'une des conséquences est l'assassinat à Strasbourg, le 4 septembre 1089, alors qu'il rend visite à l'évêque Otton de Hohenstaufen, du comte Hugues VII d'Eguisheim.

En 1199, c'est Philippe de Hohenstaufen, roi de Germanie, qui s'en prend à Haut-Eguisheim dans le contexte de sa lutte contre Otton de Brunswick, proclamé empereur, et de ses alliés alsaciens.
1225: mort de Gertrude de Dabo-Eguisheim.
Gertrude, fille et héritière du dernier comte d'Eguisheim, qui avait successivement épousé le duc de Lorraine Thiébaut, le comte de Champagne Thibaut, dit le Chansonnier, et le comte Simon de Linange (Leiningen), meurt le 30 mars 1225 sans héritier, malgré ses trois mariages. Son décès ouvre l'une des plus importantes guerres de succession que l'Alsace ait jamais connues, car les prétendants à l'héritage sont nombreux.

Parmi eux citons: Simon de Linange, l'ultime conjoint; l'évêque de Strasbourg, Berthold de Teck et surtout, Frédéric II de Ferrette, petit-fils de Stéphanie de Vaudémont (Weckmunt)-Eguisheim. Le premier à agir dans ce conflit plus politique que juridique, est l'éternellement vindicatif comte de Ferrette. Il occupe Haut-Eguisheim.
Mais le 8 juin 1228, l'évêque et son allié, le comte Albert de Habsbourg, commandant de la milice strasbourgeoise, battent Frédéric II de Ferrette sur un champ de bataille situé entre Hirtzfelden et Blodelsheim. Il faudra attendre 1251 pour que la paix définitive soit signée avec l'évêque Henri de Stahleck, successeur de Berthold de Teck. Les Ferrette renoncent alors à leurs droits et deviennent vassaux de l'évêque, notamment au titre du Haut-Eguisheim.

1466: destruction des trois châteaux.
La fin des trois châteaux de Haut-Eguisheim est liée à un différend entre un garçon meunier de Mulhouse, Hermann Klee, qui réclame six deniers de solde de tout compte et Mulhouse qui éconduit, l'ouvrier. Celui-ci s'adresse à Pierre de Réguisheim, châtelain à Haut-Hattstatt et au Wahlenbourg, à Haut-Eguisheim. Le noble chevalier, en conflit avec la ville, pense tenir là un prétexte pour mettre la cité libre au pas. Le 11 avril 1466 il s'allie à d'autres nobles de la région et déclare la guerre à Mulhouse qui reçoit le soutien de Berne et de Soleure. Puis de Turckheim, de Munster et de Kaysersberg, trois cités décapolitaines.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1466, les milices urbaines coalisées commandées par l'officier Stutzel, de Turckheim, assiègent Haut-Eguisheim où Pierre de Réguisheim s'est retranché. Le chevalier quitte lâchement les lieux par une poterne et abandonne la direction des opérations au... garçon meunier Hermann Klee. Le château en feu est investi et Hermann Klee est exécuté avec trois autres ultimes défenseurs. Haut-Eguisheim est ruiné. Seule la chapelle Saint-Pancrace reste debout et est utilisée comme lieu de culte jusqu'à sa disparition à une date indéterminée.

