Les origines exactes du château d'Eguisheim sont aujourd'hui sérieusement contestées par les meilleurs spécialistes contemporains. Il y a encore quelques décennies, d'aucuns faisaient remonter la fondation d'«Egenesheim» à une Pfalz (château) d'un certain comte Eberhard. Ce dernier, petit-fils du duc d'Alsace Etichon (le père de sainte Odile), aurait, d'après la chronique de l'abbaye d'Ebersmunster (XIIème s.), vécu au VIIIème siècle.

Or, l'archiviste-chartiste Christian Wilsdorf est formel: «Le premier ancêtre connu (de Hugues IV, le père du pape saint Léon IX) était un certain comte Eberhard qui vivait sous le règne de Lothaire II, roi de Lorraine (855-869)»
En ce qui concerne les résidences du comte Eberhard, le même spécialiste précise: «L'on ne sait rien d'assuré», même si le père présumé d'Eberhard, Hugues I, régnait à Hohenbourg (Mont Sainte-Odile) et si le fils du même Eberhard, Hugues l'Enroué, grand-père présumé du pape, résidait non loin d'Altdorf.
Archéologie.
Comme on le voit, la généalogie éclaire mal l'origine d'Eguisheim, et surtout du château urbain. D'où la nécessité de s'attacher aux conclusions des archéologues-castellologues que son notamment Charles-Laurent Salch et Gilbert Meyer.

Aucun des deux, dans divers articles d'ouvrages spécialisés, ne fait allusion à une forteresse d'origine mérovingienne ou carolingienne. Certes, Salch, dans son «Dictionnaire des châteaux de l'Alsace médiévale» (1976), avait écrit «qu'il n'était pas impossible qu'une motte féodale ait précédé le château». Mais dans son «Nouveau dictionnaire» (1991) le même auteur abandonne cette thèse.
Par ailleurs, les connaissances sur les châteaux forts alsaciens ont beaucoup évolué. Faire naître Léon IX (pape entre 1049 et 1054) dans une hypothétique tour en bois sur motte serait inéluctablement rabaisser ce fils du comte de Nordgau (l'une des charges du comte d'Eguisheim, l'un des plus puissants seigneurs de la vallée du Rhin et de l'empire othonien) au rang d'un vassal secondaire, voire d'un ministériel.

Frédéric II.
L'histoire du château urbain d'Eguisheim se confond jusqu'à la fin du 14e s. avec celle des châteaux de Haut-Eguisheim. Cependant, en raison de son plan octogonal et de la taille des matériaux, l'on pense que le château a vu le jour au début du 13e siècle, plus précisément en corrélation avec la mort de Gertrude de Dabo-Eguisheim, en 1225. En effet, la disparition de cette ultime et unique héritière du comté (après la mort de ses frères lors d'un tournoi), ouvre une guerre de succession au cours de laquelle s'affrontent, notamment, les comtes de Ferrette, Simon (Sigismond) de Linange (le dernier mari de Gertrude) et l'évêque de Strasbourg. Les Ferrette s'allient au roi Henri VII, fils de l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen. Il n'est donc pas exclu que le château ait vu le jour durant cette période troublée. Le plan octogonal utilisé à Eguisheim (tout comme au château contemporain du Burgstall, de Guebwiller, construit par un abbé de Murbach proche de l'empereur) n'a pas été choisi par hasard, l'octogone étant très prisé par l'empereur Frédéric II, le constructeur de Castel del Monte, un château d'Italie du sud accumulant les symboles architecturaux. Mais en 1232, après un arrangement entre l'évêque et l'empereur et la soumission des Ferrette, le château et la seigneurie sont rattachés au Haut-Mundat épiscopal (capitale: Rouffach) en 1236.

Léon IX et son château…
Léon IX (1002-1054) est l'unique pape "alsacien" de l'histoire de l'Église. Comme certains dépliants touristiques font naître Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg (le dit pape) dans le château urbain de la célèbre cité viticole, nous ne pouvons qu'inciter le public à y faire un tour. La balade à la forteresse ruinée, en plein centre de la ville, vaut le détour. Cependant, le visiteur doit rester attentif au fait que les historiens et les castellologues ne sont pas affirmatifs quant à l'authenticité de ce site en tant que berceau du héros. Ce que l'on sait, c'est que l'actuel château médiéval ruiné date sans doute du début du 13ème siècle (soit deux siècles après la mort du pape) et qu'il pourrait être contemporain de la mort, en 1225, de Gertrude de Dabo-Eguisheim, ultime comtesse de l'illustre lignée, décédée sans descendance. Pour le promeneur, le plan octogonal du site fait penser à cette architecture prisée par l'empereur Frédéric II, le bâtisseur de Castel del Monte, un château d'Italie du sud accumulant les symboles architecturaux.