
La sympathique commune d'Andlau, au débouché de la vallée du même nom, mérite que l'on s'y intéresse de près, non seulement parce qu'elle trouve, à juste titre, sa place parmi les villes médiévales d'Alsace recensées par Himly, mais encore parce que ses charmes, notamment ses vestiges architecturaux, valent largement le détour. En effet, outre sa fameuse église abbatiale, Andlau possède encore des remparts remarquables...
L'origine du site d'Andlau est, comme l'Encyclopédie d'Alsace le rappelle judicieusement, très controversée. En effet, plusieurs auteurs anciens ont supposé que l'antique nom du val d'Andlau, "Eléon", était d'origine celtique.

Plus récemment, d'autres, comme le chartiste Christian Wilsdorf, ont expliqué qu'Eléon est un mot d'origine gréco-latine signifiant "mont des Oliviers" (à mettre en rapport avec le sanctuaire d'Eleona construit par sainte Hélène sur le Mont des Oliviers, à Jérusalem). Ces chercheurs évoquent l'existence probable à proximité (ou à l'origine) de l'abbaye de l'un de ces fameux "Œlberg" qui émaillent le paysage médiéval alsacien.
L'endroit, au débouché d'une vallée, a pourtant été colonisé par une population gallo-romaine, comme en attestent certaines trouvailles (céramiques et monnaies). Mais ces vestiges ne suffisent pas pour conclure à l'origine celte du lieu. Ils ne permettent pas plus d'interpréter le toponyme "Eléon" en "vallée étroite", ni de relier l'ourse, symbolisant la déesse gallo-romaine Artio, à la légendaire ourse de sainte Richarde, présumée fondatrice de l'abbaye.
Historiquement, l'expression "Eleon Locus" remonte à 880, année de la création de l'abbaye par sainte Richarde, épouse de l'empereur Chartes le Gros. Accusée d'adultère après dix-neuf années de mariage, elle avait réussi à prouver son innocence. Elle était venue se retirer dans son couvent en 887, lors du décès de son mari. Elle-même est décédée vers 895.

D'après les recherches de Joël Schweitzer, c'est pratiquement à cette époque que le couvent (dans les archives : "monastère de jeunes filles nommé Eleon") apparaît également et simultanément sous la dénomination d'"Alidelaha", puis d'"Andaloïa".
Lorsque sainte Richarde a créé l'abbaye d'Andlau, elle a fait construire une église, peut-être à l'emplacement d'un bâtiment primitif. Le sanctuaire érigé sur l'initiative de la sainte est lui-même remplacé par une nouvelle église construite par l'abbesse Mechtilde (demi-sœur de l'empereur Conrad II) au milieu du XIe siècle et consacrée par le pape alsacien Léon IX. Ce dernier ayant canonisé l'impératrice, Andlau (où l'on vénère aussi des reliques de saint Lazare) devient rapidement un lieu de pèlerinage important, voire une étape obligée pour les fidèles se rendant au Mont Sainte-Odile ou à Saint-Thiébaut, à Thann.

Comme cela a souvent été le cas ailleurs, une population active, mais dépendante du couvent s'est installée à proximité des moniales. Ainsi est né tout d'abord un village qui, petit à petit, à pris de l'importance. Entre temps, la famille seigneuriale d'Andlau vassale des Hohenstaufen et dont les membres remplissaient la charge de sous-avoués (avec pour mission de protéger les personnes et les biens de l'abbaye) se sont construit au XIIe siècle un château situé alors entre l'abbaye et les habitations civiles.

Lors des conflits opposant les Hohenstaufen et l'évêque de Strasbourg, ce dernier, Henri de Veringen, a détruit la forteresse en 1214. Durant l'Interrègne le même scénario s'est répété à deux reprises, en 1246 et en 1260. Rodolphe de Habsbourg confirmera définitivement leur bien aux chevaliers d'Andlau en 1274, au moment où cette famille noble a commencé à s'installer en montagne, au Haut-Andlau.
Andlau, qui a grandi, s'est vu conférer le statut de ville en 1429 par l'abbesse Sophie II. Les bourgeois, peut-être secondés par les nobles (les chevaliers teutoniques, successeurs probables des Templiers à Andlau, y sont installés depuis 1312), ont immédiatement fortifié la cité qui semble avoir été entourée d'une enceinte dès 1432.

En 1470, les remparts étaient achevés et Andlau occupait, avec le couvent, une surface de 13,5 hectares. La ville était jadis protégée par neuf tours et trois portes : le Haseltor sur la route de Barr, au nord ; le Spitaltor, sur la route de Sélestat au sud et l'Obertor (ou Stiftor), à l'ouest, face au couvent.
L'histoire de la ville médiévale se termine lors de la guerre de Trente Ans. En effet, en 1622, les troupes de Mansfeld ont pillé et détruit la ville et l'ensemble conventuel. Heureusement, de nombreux vestiges de l'une et de l'autre nous sont parvenus pour témoigner de la richesse de ce qui a été, littéralement, à partir de 1437, une principauté abbatiale.
