Benfeld, chef-lieu de canton du Bas-Rhin, se situe sur la RN 83, entre Sélestat et Strasbourg, à proximité de l'Ill et près de l'ancienne place forte de Helvetus (ou Ellelum) par où passait la voie romaine reliant Argentovaria (Horbourg) à Argentoratum (Strasbourg).

Les premières traces humaines repérées à Benfeld témoignent d'une occupation à l'époque néolithique précoce (âge de la pierre polie) : il s'agit de plusieurs structures (fosses et trous de poteaux) attribuables au rubané ancien, le temps des sédentaires qui, vers 5300 av. Jésus-Christ, seraient devenus les premiers agriculteurs de la région. On y a également découvert des éléments protoceltiques et celtiques.
À l'époque romaine, Benfeld avait pour nom « Villa Beneveldim ». Sur le ban communal on a, en effet, trouvé trace de plusieurs établissements isolés à vocation agricole ou artisanale spécialisée (poterie). Au Haut Moyen Âge, Beneveldim n'a été mentionné qu'une seule fois dans les chartes de la période francique et notamment dans un testament par lequel Eddon, évêque de Strasbourg, concède en 763 (onzième année du règne de Pépin) la basilique Saints-Sixte-et-Laurent au monastère d'Etinheim (Etenheimmünster, dans l'Ortenau).

Des fouilles effectuées sur le site du « châtelet » (maison du gouverneur de Benfeld) ont révélé des fonds de cabane avec du matériel en céramique attribuable à l'artisanat alaman, franc et carolingien, témoignant ainsi de l'existence d'un véritable village.
Possession épiscopale
Benfeld était l'une des plus anciennes possessions de l'évêché de Strasbourg et devint chef-lieu de bailliage après l'écroulement progressif du château de Bernstein au 16ème siècle. En 1135, on trouve une mention de chevaliers attachés à sa défense. L'ouvrage de Jean-Daniel Schœpflin fait également mention d'une famille noble : « Gottfried de Benevelt était, en 1208, ministériel de Sigebert, landgrave de l'Alsace inférieure. Il était aussi vassal de l'Église de Strasbourg, de même que Henri, écuyer de Benvelt, qui vivait au 14ème siècle. Jean, le dernier de sa race, est mort en 1477.»

L'évêque de Strasbourg y crée un fief castral de 1273 à 1299, en faveur de Cuno de Bergheim, un autre fief et une cour en faveur des Landsberg de 1316 à 1353. Par ailleurs, de nombreux actes sont établis à Benfeld entre 1356 et 1365 par l'évêque Jean Il de Lichtenberg, preuve d'une résidence fréquente. Benfeld est élevé au rang de ville sous l'épiscopat de Jean 1er de Dirpheim (1306-1328), puis fortifié. En 1331, la ville est prise par ruse et pillée par les troupes du duc Ulrich de Wurtemberg en guerre avec l'évêque de Strasbourg à cause des terres de Horbourg. Elle sera cependant restituée à l'évêque Berthold Il quelques mois après.
En 1349, alors que la peste ravage toute l'Europe, les seigneurs d'Alsace et les représentants des villes de la Décapole se réunissent à Benfeld et décident de l'expulsion et de l'extermination des juifs qu'ils soupçonnent d'avoir empoisonné les puits et les fontaines. Sont sauvés ceux qui se laissent convertir au catholicisme. En 1368, pour réparer les fortifications de la ville, l'évêque cède aux bourgeois son droit de taxer toute personne venant de la campagne pour s'établir en ville.
À peine monté sur le siège épiscopal, Guillaume de Diest dilapide la fortune de l'évêché. En 1394, il engage Benfeld et plusieurs autres terres à la Ville de Strasbourg. Les Strasbourgeois font alors construire un château sur le côté occidental de la ville. La première mention de ce château dans les textes remonte à 1400. Comme cette construction a fait disparaître la cour féodale des nobles d'Andlau, ces derniers ont été dédommagés. Guillaume de Diest reçoit de nouveau Benfeld sans s'être libéré de ses engagements, mais il rend la localité aux Strasbourgeois en 1422.

Diverses agressions.
En 1444, Benfeld est attaqué par les Armagnacs. La ville fait mieux que se défendre. Les bourgeois entreprennent des sorties couronnées de succès. En 1538, l'évêque Guillaume de Honstein rachète la ville et le château.
En 1548, sous l'évêque Erasme, les remparts sont remis en état. La ville a alors encore son aspect médiéval. Mais l'évêque Jean de Manderscheid y fait effectuer d'importants travaux pour adapter la place au canon. On emploie les pierres du couvent de Niedermunster qui est alors entièrement détruit.
C'est entre 1615 et 1632 que Benfeld est érigé en véritable place forte. Une partie de ces travaux (à compter de 1617) sont confiés à Ascagne Albertini, grand bailli et commandant de la place. La ville se présente alors sous l'aspect d'un pentagone régulier muni de bastions et d'un double fossé alimenté par les eaux de l'Ill. En 1632, la ville obtient une garnison. Cette dernière est commandée par le colonel Louis Zorn von Bulach. La même année, durant le siège des Suédois, la ville résiste pendant six semaines, du 18 septembre au 8 novembre, mais elle doit se rendre avec, cependant, les honneurs de l'ennemi. Les Suédois occupent Benfeld entre 1632 et 1650, en en faisant leur propre place forte après l'avoir améliorée.

En 1650, la ville est rendue à l'évêché après les traités de Westphalie, mais, conformément aux traités, l'enceinte bastionnée est totalement rasée, ne laissant subsister que les parties médiévales dont il reste encore quelques vestiges.
Le cardinal Louis Edouard de Rohan est le dernier des grands dignitaires de l'Eglise à résider au château à la fin du 18ème siècle. Ledit château est détruit en 1855.